
Des messages...
de Joël Stouff :
Très beau texte et nous partageons l'émotion.
de Monique Hébrard-Agathon :
Merci pour ce beau témoignage si sensible et vrai.
de Benoit Marchon :
Beaucoup de gens ont connu Mijo, ont travaillé avec elle et l’ont aimé.
J’ai eu le bonheur de la connaître et de l’admirer. Voici mon témoignage personnel, parmi beaucoup d’autres. Voici ma Mijo…
J’ai été embauché à Bayard par Yves Beccaria quelques mois avant la parution du journal Astrapi, dont le premier numéro est paru le 1er octobre 1978. La créatrice et rédactrice en chef en était Anne-Marie de Besombes, tandis que Mijo dirigeait Pomme d’Api.
Quelque temps plus tard, Mijo a succédé à Anne-Marie comme rédactrice en chef d’Astrapi. J’ai donc travaillé sous son autorité bienveillante pendant plusieurs années.
Mijo avait un charisme et une autorité naturelle, une intelligence rapide, une justesse de jugement, une intuition fine, une connaissance profonde et respectueuse des enfants. Quand un rédacteur lui soumettait un projet d’article, parfois maladroit ou inabouti, elle ne le critiquait pas négativement mais lui donnait des idées ou des solutions pour l’améliorer. On ne se sentait jamais comme un mauvais élève devant elle. Elle voulait toujours que nous donnions le meilleur de nous-même, avec beaucoup de positivité. Elle pouvait même jouer le rôle de seconde mère pour certains, qui la surnommaient « Mamijo » !
Mais il lui arrivait aussi parfois de s’énerver. J’ai souvenir d’une réunion de programmation où nous avions décidé d’aborder une question importante pour les rédacteurs. En effet, à l’époque, nos articles n’étaient pas signés. Alors que le nom des pigistes (auteurs, illustrateurs, photographes, etc.) étaient mentionnés. Cela nous paraissait injuste et j’avais été désigné pour être le porte-parole de mes camarades. En préambule de la réunion, j’ai donc crevé l’abcès en exprimant notre revendication à Mijo. Elle m’a répondu d’un ton sec et très énervée : « Ce n’est pas le moment pour parler de ça ! Je vais y réfléchir. En attendant, j’espère que vous avez de bonnes idées pour cette programmation ! » Nous avons tous fait profil bas, mais contents d’avoir pu défendre notre revendication.
Or, dès le lendemain, au début de la réunion de rédaction hebdomadaire, Mijo nous a dit : « Je me suis énervée hier. Je vous en demande pardon ! Et j’accepte que vos articles soient signées désormais. » Nous avions gagné, mais Mijo avait gagné un point de plus dans notre estime…
Un autre souvenir me revient. La rédaction d’Astrapi était très joyeuse et fantasque, à l’image du journal que nous faisions dans la bonne humeur et les rires. Un jour, lors d’une réunion de rédaction, des élastiques traînaient sur la table. Quelqu’un (Martin Berthommier ? Claude Delafosse ?) en a pris un et s’est amusé à se faire une petite couette sur le haut du crâne. Il a été très vite suivi par tout le monde… et par Mijo, elle-même ! J’imagine si quelqu’un d’important était entré à cet instant et avait vu cette bande de clowns, y compris notre rédactrice en chef…
Ces quelques années où j’ai travaillé directement avec Mijo ont été très heureuses. Puis, Mijo a été nommée à des fonctions plus importantes dans Bayard. Mais nous avons continué à nous voir, plus épisodiquement. Et, à chaque fois, elle me posait des questions sur mon travail, ma famille, mes enfants. Elle se souvenait très précisément de ce que je vivais, alors que ses fonctions l’amenaient à rencontrer de plus en plus de gens.
Je me souviens très bien que, pour son départ à la retraite, beaucoup de gens qui l’avaient connu ont réalisé un cadeau commun fait de textes de remerciements et de témoignages…
Avec les moyens techniques limités de l’époque, j’avais photocopié dans le Petit Larousse la définition du mot « admirable » et je l’avais bidouillé en y insérant cette phrase : « Exemple : Mijo Beccaria est une femme admirable ».
Quelque temps plus tard, elle m’avait dit qu’elle ne méritait pas ce qualificatif. Modeste, Mijo l’était aussi…
Plus tard encore, après sa retraite, nous avons continué à nous voir régulièrement. Nous nous retrouvions à déjeuner dans un restaurant près de chez elle. Nous parlions de tout : nos familles, Bayard, nos projets de livres. Elle avait en effet été « embauchée » par son fils Laurent pour développer avec Michelle Isvy et Marie-Agnès Gaudrat (des anciennes de Bayard aussi) un secteur Jeunesse aux Editions des Arènes, qu’il avait créé. Mijo m’offrait généreusement les albums réalisés, dont elle avait pour certains écrit elle-même le texte.
Mijo a toujours eu une très jolie plume (je me délectais de ses éditos dans le cahier Parents de Pomme d’Api quand mes enfants y étaient abonnés). Le dernier livre qu’elle m’a offert s’appelle « Quelques souvenirs d’enfance » et il a été édité à quelques dizaines d’exemplaires aux éditions des Arènes en 2021 sous son nom de naissance, Mijo de Saint Marc. J’ai lu avec une grande émotion ce témoignage passionnant, remarquablement écrit.
Voici le mail que je lui ai envoyé après l’avoir dévoré jusqu’à la dernière page :
« Chère Mijo,
Encore merci de m'avoir offert ton livre "Quelques souvenirs d'enfance" ! Je me suis régalé à le lire.
C'est étonnant de penser à quelle point ton enfance a été marquée par le monde rural (le Périgord) dans lequel tu as grandi, par la guerre, par le poids d'une société dominée par les hommes, où les femmes étaient considérées comme des inférieures à leur service, une éducation sans communication entre les parents et les enfants, une religion omniprésente et culpabilisante et un milieu conservateur de droite !
Tu aurais pu très mal finir (!) si tu n'avais pas accompli ta "mue" en prenant peu à peu tes distances par rapport à tout cela, en devenant une femme indépendante, une journaliste défendant une éducation nouvelle, une chrétienne vivant une religion épanouissante, une féministe de gauche... Telle que je t'ai connue à Bayard !
A ce titre, ces quelques souvenirs me laissent sur ma faim ! A quand un tome 2 racontant tes souvenirs de ta longue et belle carrière professionnelle à Bayard ?
Cela m'intéresserait infiniment. »
Malheureusement, il n’y a jamais eu de suite, car la maladie de Parkinson affaiblissait Mijo lentement mais sûrement.
En octobre 2022, j’ai quand même réussi à organiser une longue interview de Mijo par mon amie Cécile Boulaire, maître de conférence à l’université de Tours, qui préparait son intervention au Colloque des 150 ans de Bayard. Mais Mijo, trop faible, avait annulé le rendez-vous. Heureusement, le deuxième rendez-vous a eu lieu malgré sa fatigue. Et dès les premières questions de Cécile, Mijo a retrouvé son esprit brillant et précis et a répond longuement avec sa conviction habituelle. Après une bonne heure d’échanges passionnants, nous nous sommes éclipsés, heureux, mais en la laissant épuisée…
Dernier souvenir que j’évoquerai : il y a deux ans, quand Mijo avait encore le courage de sortir un peu de chez elle, nous étions allés discuter sur un banc dans le petit jardin intérieur de sa résidence. Il faisait beau, elle était bien et j’ai osé lui demander si elle accepterait que je fasse un selfie avec elle. Elle m’a dit oui et j’ai donc, en souvenir précieux dans mon téléphone, un beau portrait d’elle avec son beau et bon sourire !

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La Lettre de l'Amicale - 19/10/2024