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Ayons une pensée... Marie-Josèphe Beccaria

Ayons une pensée... Marie-Josèphe Beccaria

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Ayons une pensée... Marie-Josèphe BECCARIA

Mi Jo Beccaria 

Fondatrice de ce qu’est aujourd’hui la presse jeunesse au sein du groupe Bayard, Marie-Josèphe Beccaria, dite Mijo, est décédée ce jeudi 3 octobre. De Pomme d’Api à J’aime lire en passant par Okapi, elle laisse derrière elle un héritage qui continue de nourrir leurs colonnes, et un souvenir marquant.

Ancienne membre du directoire de Bayard, Marie-Josèphe Beccaria était également la créatrice de Pomme d’Api.

 « Courage, confiance, on avance ! », aimait à répéter Mijo Beccaria à ses équipes. Décédée ce jeudi 3 octobre à l’âge de 90 ans, l’ancienne membre du directoire de Bayard  laisse derrière elle, en plus de ce mantra, un héritage immense empreint d’un profond respect pour l’enfance.

Secrétaire générale de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) féminine entre 1953 et 1957, puis rédactrice à l’Institut de formation des cadres paysans pour les huit années qui suivirent, elle intègre en 1965 la Maison de la bonne presse, devenue Bayard. Son époux, Yves Beccaria, y travaille déjà depuis 1957. Eux-mêmes parents, notamment d’une petite fille née malentendante, Anne – sœur aînée de Laurent Beccaria, fondateur des éditions Les Arènes –, ils ont l’idée de fonder un magazine accessible aux petits, peu importe qu’ils sachent lire ou non, pensé comme un soutien à la construction du lien familial.« Un journal pour les petits n’est pas un petit journal ».

Au côté d’Anne-Marie de Besombes, Mijo Beccaria crée ainsi Pomme d’Api dès l’année suivante, en 1966. Un magazine à destination des 3 à 6 ans dont la signature est déjà « Un journal pour les petits n’est pas un petit journal ». Elle en deviendra la rédactrice en chef en 1969. Graphisme travaillé et contenu aussi simple qu’exigeant, il met en scène ce qu’elle nomme poétiquement des « copains de papier », de petits héros du quotidien, incarnés d’abord par David et Marion puis par l’immuable Petit Ours brun ou la touchante Mimi Cracra. 


Pascal Ruffenach, président du directoire du groupe Bayard, et Georges Sanerot, ancien président du directoire du groupe Bayard, rendent hommage à Marie-Josèphe Beccaria, dite Mijo. Figure majeure de la presse jeunesse chez Bayard.

Regard perçant, extrêmement présente aux autres, attentive, parfois impatiente lors de réunion qui s’éternisaient, ponctuées de sa phrase ritournelle « allez, on avance ! », Mijo Beccaria incarnait l’autorité naturelle que l’on accorde aux fondatrices des grandes œuvres. Dès le premier abord, on savait qu’il n’y avait chez elle pas l’ombre d’une distance entre qui elle était, ce qu’elle disait et ce qu’elle réalisait. Ses remarques en comité de lecture, son attention à la moindre des pages des magazines jeunesse, au détail d’une illustration, à un mot qui lui semblait vague, une émotion qui n’était pas assez creusée, sans cesse elle se mettait à la hauteur de l’enfant, à la hauteur de celle ou celui qui aurait pu trébucher dans sa lecture et sa compréhension.

Dès l’origine, le projet de Bayard jeunesse, incarné dans le magazine Pomme d’Api puis par tous ceux qui ont suivi, Les belles histoires, J’aime Lire, Astrapi, Okapi et tant d’autres, portaient en eux ce désir d’emmener tous les enfants et de ne laisser personne sur le bord de la route. Accueillir la lectrice ou le lecteur, l’inviter à dialoguer et à entrer en résonance avec ses univers imaginaires ou quotidiens, l’ouvrir à la force de l’invisible, en partant de ses questions et sa curiosité, en somme donner confiance aux enfants, les rendre capables de s’ouvrir au monde et aux autres. L’enfance était pour elle un immense territoire qu’il fallait protéger, un témoignage de vie incroyable. Elle fut l’une des premières à travailler sur les questions d’abus sexuels. Développer la liberté intérieure des enfants, leur faire ressentir au fond ce qu’est le consentement, cette capacité à dire oui ou non. Chez Mijo, cette liberté trouvait sa source dans son enfance, les paysages du Périgord au fond du cœur, aux jeunesses étudiantes chrétienne et dans le compagnonnage de la pensée de François Varillon, jésuite qui publia notamment Joie de croire Joie de vivre, manifeste d’une génération d’après-guerre qui voulait reconstruire le monde.

Mijo inspirait confiance et donnait confiance. Elle était ancrée dans la réalité avec force et courage. Elle aimait les talents singuliers, les êtres atypiques que l’on trouve souvent parmi les auteurs et les illustrateurs et ses équipes, curieuse de la vie de toutes et de tous, des enfants qui venaient, des soucis, des destinées. Elle avait un grand respect pour la création, sa capacité à aller puiser des images et des mots qui touchent, arrêtent l’attention et « rapprochent » de soi-même.

Mijo a été une fondatrice. Avec Anne-Marie de Besombes, qui dirigeait les magazines pour les adolescents, et partageait avec elle cette même ambition pour la jeunesse. Avec Yves, son époux, son âme sœur, décédé il y a sept ans. Avec d’autres, évidemment. Bayard n’aurait pas de sens sans le travail en équipe. À son départ de Bayard, Mijo a conclu son discours d’adieu par cette phrase : « N’oubliez pas les enfants ». Puisse ses mots inspirer notre monde !


  

 


Ayons une pensée - 06/10/2024

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