Pas un mot plus haut que l’autre, toujours aimable, le sourire comme accroché aux lèvres, Jean-Marie Brunot correspond tout à fait à l’image que l’on se fait traditionnellement d’un diplomate. Cela tombe bien, puisque c’est la fonction qui fut confiée par la direction de Bayard en 1987 à celui qui avait fait ses premières armes en 1959 chez Renault… dans les relations humaines. Il garde un sou-venir très passionné de cette première expérience professionnelle, et une grande reconnaissance pour les hommes avec qui il a appris le métier. Après un passage chez Luchaire, où il se met au contrôle de gestion, au sein de l’activité automobile de la firme et singulièrement le secteur qui travaillait pour Citroën, le voici rue Bayard.

▲ Avec Jean Gélamur, président de Bayard Presse, André Géraud, rédacteur en chef de La Croix et Jean-Pierre Elkabbach, lors d’un journal de France Inter diffusé depuis la rédaction de La Croix en février 1975.
▼ Bernadette et Jean-Marie Brunot.

La mission qui attend Jean-Marie Brunot n’est pas simple: moderniser et remettre de l’ordre dans un secteur administratif en grande souffrance. Héritier d’un riche passé, mais fort ancien et donc difficile à réformer, ce service a du mal à adapter ses méthodes aux technologies modernes. L’ordinateur maison, arrivé cinq ans plus tôt, n’a pas encore fait oublier des méthodes du temps où le travail – manuel – s’ordonnait autour d’immenses bacs où étaient rassemblés les dizaines de milliers de fiches des abonnés. Sans parler de celles des «paquets», ces colis de journaux qui étaient envoyés aux comités de diffusion dans les paroisses. Le secteur souffre d’une superposition de responsables et le fait que tout le monde veuille s’en mêler ne facilite pas les choses.
Ce sont aussi des années charnières dans l’histoire de Bayard, car c’est le moment où les laïcs prennent clairement le relais des religieux assomptionnistes dans les rédactions, et multiplient les initiatives hardies qui vont assurer l’avenir de Bayard, que ce soit à Notre temps avec Roger Lavialle et Robert Baguet ou, autour de Yves et Mijo Beccaria, avec l’essor de la presse jeune dans la foulée de la révolution Pomme d’Api.
Au temps des Amis-Croix
Jean-Marie Brunot, lui, devient en 1974 directeur-adjoint de La Croix, et prend en charge une expérience tout juste lancée, la mobilisation des lecteurs du quotidien désireux de contribuer directement à son développement. Ce sont les Amis-Croix. L’animation du réseau, se souvient-il, révèle que ces lecteurs, très attachés au journal, avaient «un besoin extrêmement fort d’un contact direct avec les journalistes». De plus, remontaient à travers eux nombre de remarques et d’idées, que Jean-Marie Brunot faisait suivre à la rédaction. Avec l’aide précieuse de Georgette Pierre, le soutien de Jean Gélamur et André Géraud, rédacteur en chef de La Croix, il sut amener nombre de journalistes à faire l’expérience de cet enrichissant con-tact personnel avec les lecteurs, à travers des dizaines de soirées-débats organisées essentiellement en province, où les groupes d’Amis-Croix apportaient une aide importante.
À peine à demi-mot, Jean-Marie Brunot regrette que cette fructueuse expérience, qui a tant fait pour la progression de la notoriété de La Croix, ait ensuite été abandonnée sur la seule base de la «technique commerciale et d’une mesure clinique de son efficacité». «Nous avions joué la carte de la relation de confiance et ce fut aussi très important.»

▲ 1983. Préparation de la célébration du centenaire de La Croix. Avec Louis Stroebel et Madeleine Moreau.Réunion en compagnie d’Amis-Croix à Valence.
▼ Réunion en compagnie d'Amis-Croix à Valence.

Ambassadeur auprès du monde catholique
Nouvelle mission en 1986 quand, après un bref passage comme secrétaire général de l’entreprise, Jean-Marie Brunot est nommé directeur délégué de Bayard, chargé des relations avec le monde catholique. L’époque n’est pas très facile, et il multiplie les rencontres avec les évêques, notamment Mgr Lustiger avec lequel Bayard connaît alors quelques problèmes ; il faut leur «vendre La Croix», défendre aussi la presse jeune, attaquée par les milieux catholiques conservateurs et traditionnalistes. Bon diplomate et bon avocat, Jean-Marie Brunot fréquente aussi Rome assidûment, où il se souvient d’avoir toujours été bien reçu. Le réseau de relations de Bayard est alors fort utile. Il est d’ailleurs depuis déjà plusieurs années le visage de Bayard à l’international, car depuis 1980, il participe activement à l’Union catholique internationale de la presse (UCIP), dont il va même être le président de 1986 à 1992.
Ce rôle d’ambassadeur de Bayard, il le joue «en osmose avec l’évolution de l’entreprise et de son désir de développement international, porté par Bernard Porte». «Je me souviens, raconte-t-il, de longues discussions avec des religieux dans plusieurs pays d’Amérique latine; j’essayais de leur vendre un concept de titre, par exemple de presse jeune, avec le souci de trouver une adéquation entre ce que Bayard proposait et leurs attentes. Passionnant.» Jean-Marie a même pour cela appris l’espagnol! L’allemand lui était alors moins utile, mais il avait pu le peaufiner plus tôt, lors de nombreuses rencontres de l’Association franco-allemande de journalistes et publicistes catholiques. Il en fut d’ailleurs le premier président français parlant allemand.

▲ Soirée-débat de La Croix, à Paris en compagnie de Dominique Gerbaud.
▼ Lors d’une réunion de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP), avec Mgr John Foley, alors président du Conseil pontifical pour les communications sociales.

Un retraité très actif
Il était peu probable que Jean-Marie Brunot, après avoir ainsi baroudé à travers le monde pour promouvoir Bayard et œuvrer au développement de la presse catholique sur tous les continents, enfile ses chaussons une fois la retraite venue, en 1999. Embarqué par Jean Boissonnat dans l’aventure des Semaines sociales, pour contribuer à leur donner une dimension plus européenne, il ira même plus loin en mettant en forme le projet de Michel Camfessus : la création d’une association de chrétiens européens engagés dans la construction européenne – le Groupe IXE – une sorte de lobby dont on a vu l’efficacité avec la présence de nombreux catholiques venus de toute l’Europe, lors du centenaire des Semaines sociales à Lille en 2004.
Aujourd’hui, s’il ne parcourt plus le monde comme hier, Jean-Marie Brunot voyage encore avec Bernadette, son épouse, qui a partagé à sa manière ses responsabilités d’ambassadeur de Bayard dans le monde catholique. Elle travailla en effet au cœur des instances épiscopales françaises, au Centre national de l’enseignement religieux, avant d’assurer l’accueil, puis encore la catéchèse, à Notre-Dame de Pentecôte, cette Maison d’Église bien présente quotidiennement à la Défense, près des cadres et employés au travail dans les tours environnantes. Expliquer, convaincre, emporter l’adhésion, Bernadette et Jean-Marie Brunot ont su faire.
Yves Pitette