En cliquant sur la photo ci-dessus, vous pourrez accéder à l'article déjà paru contenant les photos de cette balade.
« Soyez à l'heure, le bateau n'attendra pas les retardataires ».
Répondant à cette injonction avec le sourire, les 32 participants à la balade zen sur le Canal Saint Martin ont rejoint le port de l'Arsenal à 14 h. Ne manque que le bateau, victime d'une avarie.
Puisqu'il nous faut attendre, faisons un peu d'Histoire :
Depuis toujours, la Seine traverse Paris et pourtant, dès le XIVe siècle, un constat est fait : les parisiens manquent d'eau. Charles V s'en inquiète sans y pallier, rejoint par Louis XIV auquel est soumis un projet de dérivation des eaux de l'Ourcq vers la capitale, projet coûteux abandonné à la mort de Colbert. C'est en 1802 que Bonaparte envisage de remédier à la situation en reprenant le projet de canalisation de l'Ourcq, affluent de la Marne qui prend sa source à une centaine de kilomètres de Paris. Sans attendre, par la loi du 29 floréal an X (19 mai 1802) le Premier Consul autorise la création du canal de l'Ourcq, du canal Saint-Denis et du canal Saint Martin.
Les travaux débutent en 1806. Le 2 décembre 1808, alimenté par l'Ourcq et la Beuvronne, le bassin de la Villette, point de jonction des trois canaux, est inauguré dans la liesse générale. Six ans plus tard le chantier est interrompu. Ruinée par les guerres impériales, la France n'a plus les moyens de le financer.
Après maintes hésitations et quelques péripéties, le 3 mai 1822, Gaspard de Chabrol, Préfet de la Seine, pose la première pierre du canal Saint Martin. L'ingénieur en chef, Pierre-Simon de Girard, mène les travaux à un tel rythme que, trois ans plus tard, le 4 novembre 1825, Charles X inaugure le canal. La première péniche le franchit officiellement et solennellement le 15 novembre 1826. Outre l'approvisionnement en eau de la capitale, le canal s'avèrera fort utile au transport des marchandises jusqu'au début du XXe siècle.
C'est un ouvrage gigantesque qui débouche sur la Seine : 4,55 km de long, 9 écluses, 5 bassins, permettent de franchir les 25 mètres de dénivelé qui la sépare du Bassin de La Villette. A deux reprises, en 1860 et 1908, le canal sera creusé pour permettre sa couverture et faciliter la circulation parisienne par la création des boulevards Richard-Lenoir et Jules Ferry. Ponts et passerelles relient les deux rives.
A 15 h. 30, nous embarquons enfin. Laissant derrière nous la porte n°9 qui sépare le port de l'Arsenal du fleuve, le bateau glisse sous la voûte de la Bastille. Instant magique où dansent sur l'eau les rais de lumière diffusés par les oculus d'aération, tandis qu'au-dessus de nous, les parisiens flânent dans les jardins qui la recouvrent. 1850 mètres plus loin, après avoir franchi l'écluse du Temple, nous retrouvons l'air libre. D'écluses en bassins, nous traversons successivement les 12e, 4e, 11e, 10e et 19e arrondissements. Point d'homme aux écluses pour ouvrir et fermer les portes, mais un seul opérateur qui dirige la manœuvre depuis un ordinateur, en lien avec le capitaine du bateau.
A gauche, à droite, au long des berges, l'histoire de ces quartiers se déroule sous nos yeux. Ateliers, usines, entrepôts, ont fait place à des immeubles cossus. Seule demeure, quai de Jemmapes, l'usine Exacompta témoin du passé industriel du quartier. Les quais, autrefois dévolus au déchargement des marchandises, sont devenus promenades très appréciées, surtout à la belle saison. Là se retrouvent pécheurs, boulistes, joueurs de cartes, musiciens, sportifs qui donnent aux lieux une ambiance joyeuse et bon enfant.
Par la magie du cinéma, le canal a été à l'honneur dans de nombreux films, dont le célèbre « Hôtel du Nord », réalisé en 1938 par Marcel Carné, et la réplique d'Arletty à Louis Jouvet « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? ». L'Hôtel du Nord est toujours là, à la hauteur de la passerelle de la Grange aux Belles. Il a gardé sa façade blanche et ses lettres en mosaïque bleue classée aux monuments historiques en 1989. Pour la petite histoire, sachez qu'en réalité le film a été tourné en partie dans des décors reconstitués dans les studios de Boulogne-Billancourt.
Après deux heures de navigation, d'aval en amont du canal , nous arrivons au Bassin de La Villette. Long de 800 mètres, il constitue le plus grand plan d'eau artificiel de la capitale. Durant plus d'un siècle, une intense activité industrielle et portuaire se développe autour du Bassin si bien qu'en 1900 son trafic équivaut à celui du port de Bordeaux. Dans les années 1950, le transport fluvial tombe en désuétude, le Bassin est peu à peu déserté et les dernières activités encore présentes cessent après la disparition, en 1973, des abattoirs et du marché aux bestiaux.
Aujourd'hui, le Bassin de La Villette connaît un renouveau sous le signe des loisirs et de la culture. Les quais, toujours très animés, offrent mille occasions de se divertir. On y trouve cinémas, salles de spectacle, librairie, restaurants, bars, on peut même y embarquer pour une balade sur les canaux, y pratiquer le kayak, l'aviron, le pédalo, la bicyclette ou le roller, ou entrer dans une péniche amarrée là pour une rencontre culturelle. Sans oublier l'auberge de jeunesse Saint Christopher's aménagée dans les anciens Entrepôts et Magasins généraux de Paris. Si , un soir de l'été prochain, l'envie vous prend de revoir le Bassin, sachez que la rive gauche garde plus longtemps le soleil.
Passé le Bassin, nous voilà dans le canal de l'Ourcq, au centre de l'immense parc de La Villette (55 hectares), véritable lieu de vie et de culture en milieu urbain. De part et d'autre du canal, au fil du temps, le parc s'est enrichi de bâtiments tels la Cité des Sciences et de l'Industrie, la Géode, la Cité de la Musique, la Philarmonie de Paris, le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, et le célèbre Zenith.
Vous ne connaissez pas ce quartier du Nord-Est de Paris, là tout en haut à droite lorsque vous regardez le plan de la capitale ? Allez-y, découvrez-le, il vous réserve de sympathiques surprises.
17 h. 30. Fin de l'aventure. Nous retrouvons la terre ferme, nous promettant de nous revoir lors d'une prochaine visite. A bientôt les Amis !
Nicole Boyer