Dans la salle Clémentine du Palais apostolique, la foule des lecteurs de La Croix écoute l'allocution de Jean-Paul II, le 3 avril 1983. Au premier rang, on reconnait Noël Copin, André Géraud, Jean Gélamur, Bernard Porte, Emmanuel Brajon. 

 

Il y a trente ans

 

600 lecteurs rencontrent
Jean-Paul II à Rome
 

Nous sommes à peu près 600, ce samedi matin 23 avril 1983, à attendre l’arrivée de Jean-Paul II sous les impressionnantes fresques de la salle Clémentine, au premier étage du Palais apostolique.

Aux 570 lecteurs qui ont participé à ce voyage du centenaire de La Croix, s’est ajoutée une bonne partie de la rédaction du journal, arrivée après avoir bouclé le dernier numéro de la semaine. Le pape se fait un peu attendre, mais Mgr Martin, un prélat français, préfet de la Maison pontificale rassure : Non, le pape n’a pas oublié ! Une fois passés devant l’assemblée les cardinaux Kim, de Séoul, et Yagbo, d’Abidjan, qui sortent d’un entretien avec le pape, les plafonniers s’allument et l’on entend des pas. Tonnerre d’applaudissements, voici Jean-Paul II !

Venus de Paris par le train trois jours avant – “1983-2083 : le deuxième siècle. La Croix et ses lecteurs relèvent le défi” proclamait la banderole déployée sur un wagon au départ – les lecteurs ont d’abord visité Rome, du forum à Saint-Paul-hors-les-murs, des musées du Vatican à Saint-Jean-de-Latran en passant par la catacombe de Sainte-Calixte. Mais le moment attendu, c’est celui de cette audience privée, certes à 600, mais privée tout de même, avec le pape.

Jean-Paul II, au milieu des lecteurs de La Croix.

▲ Jean-Paul II, au milieu des lecteurs de La Croix. ▼

Jean-Paul II, au milieu des lecteurs de La Croix.

Jean-Paul II serre la main des responsables de La Croix placés au premier rang, délégation assomptionniste et rédacteurs en chef, puis lève les bras et s’exclame “Ah ! La Croix !” avant de rejoindre le fauteuil où il s’assoit. On permettra au signataire de ces lignes de se rappeler que ce fut exactement et mot pour mot ce qu’il s’entendit répondre par Jean-Paul II lorsqu’il fut brièvement amené à se présenter à lui en septembre 2001, dans l’avion qui ramenait le pape d’un voyage au Kazakhstan et en Arménie.

Ce fut ensuite un grand moment d’émotion pour Paul Cornetet, un ancien massicotier de Bayard, 46 ans de maison. Relieur par passion, il a relié en maroquin blanc et en moire, puis frappé des armes pontificales, le livre du centenaire de La Croix que Jean Gélamur offre au pape après s’être adressé à lui. Le Saint- Père parle à son tour (lire ci-contre le contenu des deux interventions), mais ne semble pas pressé de s’en aller. “Je suis heureux d’être parmi vous” dit-il après avoir béni l’assemblée ; “Ce serait bien si les photographes prenaient ma place sur l’estrade et si je vous rejoignais”, suggère-t-il.

Surprenant tout le monde, il s’engage alors dans l’allée centrale, au milieu des lecteurs. Jean-Paul II, chaleureux et souriant, donne son propre chapelet à un vieux prêtre en soutane qui a osé le lui demander, rapporte Bernadette Colson dans son reportage pour La Croix, serre affectueusement la main d’un lecteur qui lui dit être né le même jour que lui et finit tout de même par quitter les lecteurs, tous conscients d’avoir vécu un moment exceptionnel.

Ce voyage, presque un pèlerinage, aura eu plusieurs significations, que Jean Potin, rédacteur en chef religieux, précisait dans le compte-rendu qu’en fit La Croix sur quatre pages quelques jours plus tard : réaffirmer l’identité chrétienne du journal et la permanence du lien de fidélité qui l’attache au pape. Confirmer la ligne éditoriale d’indépendance de La Croix : “Pour l’honnêteté, vous devez tenir jalousement à votre liberté, à votre indépendance, au service de la vérité.” Enfin, ce voyage, comme ce fut le cas pour toutes les manifestations du centenaire à l’époque, réunissait lecteurs et journalistes.

Il fallait bien un incident. Il eut lieu le dimanche matin quand un des cars de lecteurs ne put rejoindre l’église de la Trinité-des-Monts où était prévue la “messe du centenaire”, présidée par le cardinal Bertoli. Le marathon de Rome accueillait ce même 24 avril plusieurs dizaines de milliers de coureurs, provoquant des embouteillages records. Ils célébrèrent donc leur messe du centenaire à cinquante, avec quatre prêtres qui étaient dans le bus, dans une chapelle de Saint-Paul-hors-les- murs, riches tout de même des intentions de la prière universelle qu’ils avaient été chargés de préparer !

Plus tard, un colloque universitaire se pencha sur quelques périodes spécifiques de l’histoire du journal, colloque dont les actes furent publiés au Centurion.

Yves Pitette

 


 

Il y a trente ans 

La liberté au service de la vérité

Ce qu’avait dit Jean-Paul II

S’adressant au pape, du pied de l’estrade où celui-ci était installé, Jean Gélamur, président de Bayard Presse, avait réaffirmé “l’attachement” du journal à l’église, comme “partie intégrante de son identité chrétienne”. Il définissait “la tâche” du journal : rester ouvert au monde moderne, de façon à en faire “découvrir d’abord les espoirs et les aspirations”, rester un journal de dialogue où les hommes peuvent se rencontrer et s’écouter sans avoir, au préalable, à renier ce qu’ils sont”, et enfin être un journal de réflexion et de proposition “qui croit à la dignité de l’homme et le défend, en l’aimant en lui-même, contre les menaces qui pèsent sur son développement, afin qu’il puisse survivre et croître dans la dignité, la liberté, l’honneur et la justice”.

 

Jean Gélamur s'adresse à Jean-Paul II.

 

Jean-Paul II développait dans sa réponse le thème de la liberté au service de la vérité. Extrait : “La vie des chrétiens peut s’inscrire, dans maints secteurs, dans des initiatives ou des opinions diverses. Et il est sain de rendre compte de ce pluralisme, dans un esprit de dialogue, à une heure où trop d’incompréhensions, de durcissements, d’intolérance opposent les groupes dans la société et dans l’Église. Cependant, la description de ce pluralisme chrétien, s’il veut être une référence chrétienne, suppose que soit nettement marqué ce qui est légitime dans les oppositions, au plan doctrinal, éthique, liturgique, social, et que soient préservées et défendues les valeurs morales, comme le respect de la vie, de la dignité humaine, des libertés fondamentales, y compris l’information et l’enseignement, la protection des pauvres et des faibles… S’il s’agit d’autres options, rapportées par souci de la réalité, pour contribuer à donner un autre éclairage et toujours avec le respect des personnes, les lecteurs doivent pouvoir discerner l’attitude cohérente avec la foi et le sens ecclésial”.

“Bref, le journal catholique dans son ensemble, et les rédacteurs qui s’y expriment en son nom, doivent témoigner en vérité de la foi chrétienne, de la Foi de l’église. (…) Cela fait partie de la fidélité sans laquelle, comme vous le disiez, vous perdriez votre raison d’être, et cela correspond à votre démarche d’aujourd’hui”. C’était il y a trente ans.

 


 

A réécouter sur le site de l’Amicale

Vous pouvez écouter les deux interventions de Jean Gélamur et de Jean-Paul II sur le site de l’Amicale :

< Accès aux interventions >

L’enregistrement sonore de ce moment important de l’histoire de La Croix a été mis à notre disposition par notre ami Bernard Porte, qui succéda à Jean Gélamur à la direction de l’entreprise.