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Les livres

Les passagères du 221

L’éternité n’est pas de trop

La fille qui lisait dans le métro



Livres 83 1Les passagères du 221

Catherine Béchaux, 
Éditions Liana Levi, Collection Littérature française, 112 pages, 14 €
 

Depuis peu, Paul conduit le 221 : une heure et demie de parcours, 27 arrêts, peu d’incidents, la foule bigarrée d’une banlieue de grande ville… bref, une ligne sans histoire. Pourtant, quelque chose l’intrigue. Ces femmes qui, entre midi et 13 heures, montent les bras encombrés de volumineux sacs de linge. Il sait qu’elles descendront toutes au même arrêt: le centre de détention. Parmi elles, ce lundi-là, il y a Maryse, Marie-Jo, Naïma, Fatou, Mireille… Dans le huis clos du bus, toutes se concentrent sur le moment le plus redouté de la semaine: le parloir. 45 minutes dans 4 m2, tout ce qui leur reste de leur homme. Mais lorsque Mireille fait un malaise et que Paul stoppe le bus, les passagères du 221 se lèvent. Pour une fois, elles font bloc et sortent du silence… Avec ce premier roman pour adulte, Catherine Béchaux, qui traduit admirablement l’atmosphère du milieu carcéral qu’elle connaît bien, de son écriture brève et serrée, nous ouvre l’univers de ces femmes courageuses à la volonté inébranlable.

Monique Masson



Livres 83 2L’éternité n’est pas de trop

François Cheng, Le Livre de Poche

246 pages, 7,20 €

 

On connaît François Cheng, notre académicien venu de Chine, par ses nombreux écrits qui sont autant de réflexions méditatives sur la vie, la mort, dernièrement sur l’âme – ouvrage qui l’avait fait participer chez France 5 à une soirée de La grande librairie il y a quelques mois. Mais il est plus étonnant de voir son nom attaché à la notion de roman! (Il en a trois à son actif.) Et c’est pourtant ainsi qu’il a présenté un petit livre dont le titre est à lui seul tout un programme: L’éternité n’est pas de trop! Roman, peut-être, mais aussi page d’histoire de la Chine, à la fin de la dynastie des Ming, avec le bouillonnement d’une époque qui voit l’arrivée dans l’Empire des premiers missionnaires jésuites. Et dans cette époque de bouleversement, l’émergence d’un amour qui aura survécu à 30 ans de silence et d’absence, le cheminement social radicalement différent de deux êtres que seul le désir d’absolu fait semblables. L’auteur accompagne ce cheminement spirituel avec sa très fine et profonde connaissance de cette culture du17esiècle chinois, de ses codes, de ses interdits, mais aussi de sa grandeur. On y trouve son propre cheminement et son immense respect pour tout ce qui touche à l’âme. Difficile à lire? Non, si on se laisse immerger dans ce peuple que le christianisme n’a pas encore touché, mais qui vit intensément de rites et de confiance dans le divin.

Andrée Penot


Livres 83 3La fille qui lisait dans le métro

Christine Féret-Fleury, Éditions Denoël,
176 pages, 17,90 €
 

Juliette prend le métro parisien tous les jours à la même heure. La ligne 6, le métro aérien. Ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est observer, autour d’elle, ceux qui lisent. La vieille dame, le collectionneur d’éditions rares, l’étudiante en mathématiques, la jeune fille qui pleure à la page 247. Elle les regarde avec curiosité et tendresse, comme si leurs lectures, leurs passions, la diversité de leurs existences pouvaient donner de la couleur à la sienne, si monotone, si prévisible. Jusqu’au jour où elle décide de descendre deux stations avant son arrêt habituel, et de se rendre à son travail en coupant par une rue inconnue ; un pas de côté qui va changer toute sa vie et la conduire sur les petites routes de France à bord d’un bibliobus… Si vous êtes de ceux qui offrent leur livre préféré à leur meilleur(e) ami(e) ou le laissent dans un wagon de métro ou sur un banc public, vous aimerez cette jolie fable de Christine Féret, lectrice boulimique et auteur notamment de livres pour enfants. Elle donnerait envie de lire aux plus réfractaires! À la fin de l’ouvrage se trouve la liste des livres embarqués à bord du bibliobus de Juliette.

Monique Masson

► Catégorie : Numéro 83