Petite histoire

d’une raison sociale

1 Logo MBP

Le logo apparaît en juillet 1889 sur la revue Questions actuelles, et sera utilisé pendant plusieurs décennies sur la plupart des publications de la Bonne Presse.


Depuis la création de son logo ci-dessus en 1889, que de chemin parcouru !

Nombreuses sont les étapes qui ont mené la petite œuvre de presse des Assomptionnistes jusqu’à son statut d’entreprise commerciale, cumulant les métiers de presse et d’imprimeur.

Une passionnante saga dont Bayard est le dernier épisode.


En juillet 1889, un logotype rond apparaît en couverture de la revue Questions actuelles, lancée deux ans plus tôt. Celle-ci sera interrompue du fait de la guerre en août 1914, mais deviendra en février 1919 le principal pilier de la Documentation catholique, nouveau titre issu de la fusion de quatre titres antérieurs. Ce logo mêle habilement les références majeures de l’œuvre de presse assomptionniste à ses débuts. Au centre d’un anneau, le crucifix de La Croix est flanqué des vues cavalières de Jérusalem et de Saint-Pierre de Rome qui sont alors parties intégrantes du titre du Pèlerin, de part et d’autre de la statue de Notre-Dame-du-Salut. Un bandeau porte la devise de la congrégation, “Adveniat regnum tuum !”, Que ton règne vienne ! La grande nouveauté est dans la raison sociale inscrite sur le pourtour supérieur de l’anneau : “Maison de la Bonne Presse”.

Mais avant que ce nom ne devienne la célèbre raison sociale d’une “œuvre” qui se développe au point de se transformer en une entreprise cumulant les deux métiers d’éditeur et d’imprimeur, il faudra encore quelques années.

2 Pub BP

▲ Il faudra encore deux ans avant que les publicités ne proposent les produits de l’entreprise sous le nom Maison de la Bonne Presse (La Croix du 3 juin 1890)

 

Affirmer la Vérité et le Bien

Une lecture attentive de La Croix de cette époque permet de saisir la montée en puissance de l’idée, jusqu’à sa traduction en la raison sociale d’une entreprise. La certitude qu’ils rédigent la “bonne presse” par opposition à l’autre, la “mauvaise presse”, entendez la “grande presse” républicaine, populaire et surtout anticléricale, qui pourrit les esprits, est bien ancrée dans l’esprit du P. Bailly et de ses collègues. L’intention est ouvertement exprimée dès l’éditorial du premier numéro de La Croix quotidien : nous “voulons opposer au torrent dévastateur de la mauvaise presse, l’affirmation constante de la Vérité et du Bien”. C’est le premier stade. Celui que l’on retrouve dans les vœux que Le Moine, le P. Bailly, présente en ouverture du quotidien du 1er janvier 1890, six mois après la première publication du logo présenté plus haut : il y demande “avec instance, les prières de tous ceux qui participent, directement ou indirectement, à l’Œuvre de la bonne presse”. Mais la majuscule est à Œuvre, pas à bonne ni à presse. Ces deux mots qualifient simplement, et pour l’instant, l’esprit de ce qu’est, pour ses responsables, l’œuvre de presse des Assomptionnistes. Pas son nom.

3 La Croix 31.11.1890

4 La Croix 4 4 1891 5 La Croix 24 11 1891

▲ Première référence à l’idée de “maison”. On joue ici sur le double sens du mot : il faut loger La Croix dans une maison qui sera donc bientôt, évidemment, celle de  la Bonne Presse. La référence, étonnante aujourd’hui, aux âmes du Purgatoire, correspond à une œuvre de piété qui connaissait un grand succès à cette époque (La Croix du 31 novembre 1890). 

▲▲ Il s’agit désormais clairement de bâtir une Maison de la Bonne Presse. Le projet immobilier cristallise le projet et le nom de l’entreprise  (La Croix du 4 avril 1891).

▲▲▲ L’inauguration du nouveau bâtiment est l’occasion de mettre officiellement en première page du quotidien ce qui est désormais le nom de l’entreprise  (La Croix du 24 novembre 1891).

 

Aux bureaux du Pèlerin

La conscience que l’œuvre est devenue une véritable entreprise commerciale a bien commencé à se développer avec le lancement, fin 1889, des premiers “comités” qui vont assurer longtemps la diffusion dans le pays des productions de la maison. Mais l’œuvre-entreprise n’a pas encore vraiment de nom commercial. Dans les mois qui suivent, et pour deux ans encore, toutes les promotions publicitaires des titres existants publiées dans le quotidien, ne fournissent en référence qu’une simple adresse, “8 rue François Ier, Paris”, éventuellement assortie d’un “Aux bureaux du Pèlerin”. C’est le cas ce même 1er janvier 1890, en dernière page, où un spectaculaire pavé vante les publications maisons de l’époque.

Dans le numéro du 30 novembre 1890, un court article de la page 3 fait état, sous le titre “La Maison de La Croix”, de l’achat de l’immeuble du 5 rue Bayard, les ateliers du 3, définitivement acquis au printemps 1889 après cinq années de location, étant devenus insuffisants. Le journaliste, anonyme, mais on reconnaît la “patte” du P. Bailly, évoque une campagne agressive contre La Croix d’un journal très anticlérical, La Lanterne, campagne qui “nous a fait envoyer spontanément diverses petites sommes qui nous ont fait pressentir qu’avec de tels amis un journal n’est jamais sans le sou, même quand il se vend un centime.”

6 Nouvelle MBP novembre 1891

▲ Vue cavalière du bâtiment, rapidement édifié à l‘arrière du 5 rue Bayard. Il existe toujours, dans un environnement profondément modifié, puisqu’il reste le seul  immeuble de cette époque dans l’ensemble des bâtiments ex-Bayard, entre la rue Bayard et le cours Albert-1er.

▼ Désormais, l’usage de “la Bonne Presse”  pour désigner l’entreprise est devenu courant  (La Croix du 17 mars 1892).

7 Salons BP 17 3 1892

 

1891-1892, naissance de “la Bonne Presse” et de son logo

Quatre mois plus tard, La Croix traduit, dans son édition du 4 avril 1891, la concrétisation de ces projets : “Une Maison de la Bonne Presse”. Sous ce titre, on lit qu’ “Une maison de bonne presse sera élevée à Paris, non loin de la tour Eiffel, plus humble que la tour, mais plus utile. Sur la porte, il y aura saint Joseph, dont nous clôturons le mois aujourd’hui, et sur sa cime, la Croix”. L’article s’achève par un chiffre, “Report du 6 mars, 2 764,35 F, qui démontre qu’une souscription a été ouverte à cette intention. à intervalles irréguliers, La Croix publie une liste de donataires de cette souscription “Maison de la Bonne Presse”, mais les chiffres restent très limités. Elle fait certes pâle figure, entre les listes quotidiennes de souscripteurs pour le pèlerinage à Jérusalem ou pour le soutien aux “curés volés”, mais elle va contribuer à installer la future dénomination sociale de l’entreprise. L’achat du 5 rue Bayard se double en effet d’un projet immobilier important pour son développement, la construction, à l’arrière du 5, d’un nouvel immeuble, aujourd’hui le plus ancien de l’ensemble immobilier où se trouvait Bayard jusqu’en 2008.

Sous le titre de première page “Maison de la Bonne Presse”, le journal du 24 novembre 1891 rapporte la bénédiction du nouvel immeuble par Mgr d’Hulst, recteur de l’Institut Catholique de Paris, alors que, précise-t-on, “les ouvriers et les ouvrières étaient à leurs ateliers respectifs”. Cette fois, la raison sociale a vraiment pris corps et pendant soixante-dix ans, l’entreprise va se présenter sous cette appellation. Ainsi, par exemple, cette annonce dans le numéro du 17 mars 1892 d’une vente dans les salons de la “Bonne Presse”, dont l’entrée se trouve 20 cours la Reine. La décision de porter sur toutes les publications de la maison le logo créé en 1889 “en guise de marque de fabrique” est prise en octobre 1892. Les livres, notamment, le portent régulièrement, comme une identité. Mais elle ne concerne pas La Croix, ni semble-t-il, le Pèlerin qui obéissent à des règles légales spécifiques ne les obligeant qu’à mentionner le nom du gérant et celui de l’imprimeur. Pour La Croix, le basculement s’opère le 10 septembre 1926, deux jours après les adieux de Paul Féron-Vrau : le quotidien n’est plus tiré par “l’imprimerie Féron-Vrau”, mais par “l’imprimerie de la Bonne Presse”. Une mention légale tenant sur deux lignes qu’il faut chercher en bas de colonne ou entre deux publicités en dernière page. Jusqu’en 1900, le nom légal de l’imprimerie était celui du gérant du journal, un employé civil de confiance, M. Hervagault par exemple, un journaliste, pendant les années 1890.

Entre-temps, les Assomptionnistes avaient envisagé, en 1895, la formation d’une société commerciale, mais celle-ci ne verra le jour qu’en 1924, marquant la fin de l’épisode Féron-Vrau et le retour officiel des Assomptionnistes à la tête de l’entreprise, même si ce sont des laïcs qui occupent les principaux postes de responsabilité. La Croix, elle, avait été déclarée au Tribunal de commerce de la Seine comme marque commerciale pour quinze ans, le 19 décembre 1896 à 14 heures, précise Hélène Poulain dans son mémoire “La création d’une entreprise de presse catholique”, qui a été très utile pour cet article. Déclaration renouvelée en 1914 par Féron-Vrau qui, on le sait, avait repris officiellement l’entreprise en 1900, après le procès qui conduisit à la suppression de la congrégation assomptionniste en France. Laquelle retrouva son bien après la guerre et ne l’a plus quitté depuis. Le dernier épisode de cette saga d’une raison sociale se déroule en 1969, lorsque la Maison de la Bonne Presse devient Bayard Presse. Pour un tout nouveau chapitre de son histoire.

Yves Pitette